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Augmentation du prix du gaz : à quoi peut-on s’attendre ?

Mis à jour le : 28/01/2026

Actuellement, 65% des ménages belges se chauffent au gaz (pour moins de 6% à l’électricité). A Bruxelles, ce sont neuf ménages sur dix (88,6%), selon Statbel, l’office belge de statistique.

On annonce plusieurs augmentations du prix du gaz dans les années à venir. Que peut-on prévoir ?

Augmentation des accises sur le gaz depuis le premier janvier

Suite au relèvement des accises[1] sur le gaz depuis le 1er janvier 2026, les factures de gaz devraient augmenter de manière significative, dès cette année et de manière progressive. Selon certaines estimations, le gaz naturel verrait son prix augmenter de 4,30€ par MWh (1 MWh = 1000 kWh), soit un surcoût de 73,10 € par an, jusqu’en 2030, pour une consommation moyenne belge estimée à 17 MWh par an par ménage[2]. Dans le scenario le plus optimiste, l’augmentation serait d’environ 40 € par an[3] par ménage.

En parallèle, le gouvernement Arizona a décidé de réduire les accises sur l’électricité et la TVA sur les pompes à chaleur, pour encourager l’électrification du chauffage.

Taxe carbone ETS2 à partir de 2028

En plus de l’augmentation des accises sur le gaz, une nouvelle taxe « carbone », dite ETS 2[4], devrait être introduite à partir du 1er janvier 2028. Cette taxe européenne a pour but officiel de réduire les émissions de gaz à effet de serre générées par le secteur du bâtiment et le transport routier.

Concrètement, les fournisseurs de carburant (essence, diesel), de gaz et de mazout devront acheter des droits d’émissions pour le CO2 produit par les combustibles. Ces coûts seront ensuite en grande partie répercutés sur les consommateurs finaux.

L’impact moyen de l’ETS2 pour les ménages belges utilisant du gaz ou du mazout pour se chauffer et de l’essence ou du diesel pour se déplacer pourrait atteindre entre 250 et 500 € par an[5] !

Augmentation de la TVA sur le gaz en 2030

La dernière mesure annoncée est celle du passage de la TVA sur le gaz à 21% en 2030, contre 6% actuellement. Une directive européenne prévoit de supprimer les taux réduits actuels sur les combustibles fossiles comme le gaz, d’ici 2030. La TVA sur le gaz et l’électricité était passée de 21% à 6% en 2022 suite à la flambée des prix de l’énergie.

Rien que pour se chauffer au gaz, un ménage belge moyen pourrait donc voir sa facture annuelle augmenter de près de 390 € d’ici 2030 (soit 32,50 € en plus par mois)[6] suite à l’augmentation des accises sur le gaz et de l’instauration de la taxe ETS2.

A cela s’ajoutera ensuite l’augmentation de la TVA. 

Des mesures socialement injustes

La précarité énergétique[7] touche déjà aujourd’hui un ménage sur quatre à Bruxelles.

L’augmentation du prix du gaz combiné à d’autres augmentations tarifaires dans des secteurs essentiels, comme l’eau[8], et aux exclusions du chômage, qui toucheront environ 42 000 personnes en Région bruxelloise, augmenteront mécaniquement la pauvreté.

Ce choix politique de faire payer davantage les consommateurs se chauffant au gaz produira aussi de l’injustice à plus d’un titre.

Premièrement, les ménages à faibles revenus seront proportionnellement plus affectés : une part plus importante de leur budget est consacrée à l’énergie.

Deuxièmement, ce sont aussi essentiellement ces personnes qui vivent dans des passoires thermiques, dont elles sont très majoritairements locataires[9]. Elles dépendent donc du bon vouloir du propriétaire pour faire des travaux d’isolation.

Troisièmement, ces locataires ne disposent d’aucune marge de manoeuvre pour investir dans des alternatives comme des pompes à chaleur.

Pour beaucoup d’entre eux, l’augmentation du prix du gaz entrainera donc une réduction forcée de la consommation, voire une privation subie, qui est incompatible avec la dignité humaine.

Enfin, ces mesures sont injustes, vu les cadeaux offerts par le gouvernement Arizona aux entreprises « électro-intensives », pour garantir leur compétitivité. Il est, en effet, prévu que ces entreprises bénéficieront de 300 millions d’euros de réduction des coûts de l’électricité[10].

Afin de rétablir plus de justice sociale et de lutter contre la paupérisation des ménages déjà en grande difficulté, le CASE continue son plaidoyer pour la mise en œuvre d’une stratégie de rénovation des logements à Bruxelles qui soit juste socialement[11]. Les recettes générées par la taxe ETS2 pourraient financer cette stratégie.

Nous poursuivons également notre plaidoyer avec d’autres acteurs en faveur de mesures fiscales qui mettent à contribution les plus fortunés, comme la taxation des surprofits des producteurs d’énergies fossiles[12], la taxation extraordinaire des richesses, la taxation renforcée des grandes multinationales, etc.

 

[1] Les accises sont des impôts indirects calculés sur base du nombre de kilowattheures d’électricité et de gaz consommés. Cette accise est utilisée à diverses fins : elle sert à financer des fonds comme le Fonds Gaz et Électricité, l’argent va également aux CPAS, qui viennent en aide aux consommateurs vulnérables éprouvant des difficultés à payer leur facture d’énergie. Elle permet de financer le fonctionnement du régulateur fédéral de l’énergie, la CREG.

[2] https://www.lalibre.be/belgique/politique-belge/2025/12/30/accises-en-baisse-nouveaux-tarifs-ce-qui-change-pour-lelectricite-en-2026-XH5YGQLT2VDKTMF2LK6RFRJPCE/

[3] https://www.lesoir.be/712937/article/2025-11-24/tva-et-accises-sur-lenergie-voici-ce-qui-va-changer

[4] ETS est l’acronyme de « Emissions Trading System ». La taxe ETS2 repose sur la création d’un nouveau système d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre dans les secteurs du bâtiment et du transport routier. L’objectif pour l’Union européenne et ses Etats membres est de réduire de 43% les émissions de gaz à effet de serre dans ces deux secteurs d’ici à 2030. Cette taxe est appelée ETS2 car en 2005, l’UE avait déjà lancé un système d’échange des quotas d’émission de gaz à effet de serre dit ETS1. Basé sur le principe du pollueur-payeur, ce dispositif obligeait plus de 10.000 centrales électriques et entreprises industrielles à disposer d’un permis pour chaque tonne de CO2 émise. Ce système reposait sur un volume maximal d’émissions tolérées, qui diminue chaque année, et un marché de droits d’émission (quotas). Avec ETS2, la même logique s’étendra aux secteurs du bâtiment et du transport routier, à partir du 1er janvier 2028.

[5] Bureau fédéral du Plan, « Exploration de l’impact de l’ETS2 sur les dépenses de chauffage des ménages”, juillet 2025.

[6] https://www.lecho.be/dossiers/gouvernement-federal/accord-budgetaire-quel-impact-sur-votre-facture-d-energie/10637400.html

[7] Les trois indicateurs utilisés pour mesurer la précarité énergétique sont les suivants :
– Des factures très élevées par rapport au revenu disponible : risque de précarité énergétique mesurée ;
– Des factures très basses en comparaison à des ménages vivant une situation comparable : risque de précarité énergétique cachée ;
– Des difficultés financières à chauffer suffisamment son logement : précarité énergétique ressentie.

[8] Dès 2026, le prix de l’eau va augmenter de plus de 12%. Cela représente une augmentation de plus de 41,49€ par an pour un ménage type de deux personnes consommant 62m³/an. https://www.socialenergie.be/fr/augmentation-du-prix-de-leau-il-faut-la-limiter-pour-les-menages-les-plus-vulnerables/

[9] Rappelons que plus de 60% des Bruxellois sont locataires.

[10] https://www.lesoir.be/712937/article/2025-11-24/tva-et-accises-sur-lenergie-voici-ce-qui-va-changer

[11] https://www.socialenergie.be/fr/carte-blanche-les-enjeux-sociaux-de-la-renovation-du-logement-a-bruxelles-vers-une-politique-energetique-plus-social/

[12] Rappelons à ce sujet qu’Electrabel, filiale du groupe français Engie, a réalisé un résultat record de près de 7,9 milliards d’euros en 2024 et versé à sa maison mère un dividende tout aussi exceptionnel (6,2 milliards). Notons aussi que depuis mi-2023, Electrabel ne doit en outre plus payer la taxe sur les surprofits introduite lors de la crise énergétique, et que la taxe nucléaire est en baisse. L’Echo, « Electrabel verse 6,2 milliards d’euros de dividendes à Engie », 23 mai 2025.